L’Aïd Al-Fitr, l’heure est aux pétards !

Hanaa Khachaba Lundi 18 Juin 2018-13:50:28 Chronique et Analyse
L’Aïd Al-Fitr, l’heure est aux pétards !
L’Aïd Al-Fitr, l’heure est aux pétards !

L’esprit festif des Egyptiens est contagieux. Lorsque la fête s’annonce, tout le monde s’amuse. Envois de textos de vœux, visites familiales, virées entre amis, voyages, l’Aid Al Fitr à l’égyptienne a plusieurs facettes. Au bout d’un mois de travail spirituel sur soi, où les musulmans se sont empêchés pendant de longues journées torrides de manger, boire et d’avoir des rapports sexuels, il est grand temps de festoyer. Tout labeur est censé être suivi d’une rétribution !

 

L’Aïd Al-Fitr vient après le mois de Ramadan. C’est une fête très familiale. Les musulmans se rendent visite de maison en maison pendant les trois jours d’Al Aïd. Ils commencent par les grands-parents, puis les oncles, les tantes, les cousins… Viennent ensuite les copains.

Les enfants sont alors endimanchés. Ils mettent leurs nouveaux habits que les parents ont achetés des jours avant pour cette occasion. De portes en portes, ils souhaitent « Aïd Moubarak » aux voisins et aux habitants du quartier. Une particularité propre aux fêtes musulmanes est l’aïdiya. Il s’agit d’une somme d’argent que les membres de la famille donnent aux enfants, comme argent de poche. Plus la somme est grosse, plus on ressent être la coqueluche de la famille. Au bout de trois jours, les enfants peuvent alors avoir collecté une bonne fortune, de quoi s’acquérir des jouets, aller au ciné ou faire une balade dans un des centres commerciaux. On récompense les enfants après un mois de jeûne. Kahk (petite pâtisserie saupoudrée de sucre glace), ghorayiba, petit-four et autres délices font le bonheur des fêtards pressés de reprendre leur régime alimentaire habituel.

La fête dite du Petit-Baïram est un temps dédié à la paix et à la réconciliation. Les signes de joie s’y multiplient. En période de fête, les Egyptiens envahissent rues, parcs et plages et s’en donnent à cœur de joie. Chaque ménage, en fonction de ses moyens, décide des activités à faire et des endroits où se rendre. Pauvres et riches partagent un éventail de choix.

Toutefois, si par le passé, les gens s’échangeaient les visites pour se souhaiter les uns les autres un heureux Petit-Baïram, les moyens de communication viennent tristement remplacer ces retrouvailles chaleureuses. Les quelques millions d’abonnés partagent leurs vœux via un message, quelques mots, une illustration et c’est tout !

Réunie la veille de l’Aïd autour du poste de la télévision, la famille suit attentivement l’annonce de la fin du mois de Ramadan. Les cris de joie retentissent de tous les coins. Ce soir, les enfants se couchent relativement tôt afin de pouvoir se réveiller à l’appel de la prière de l’Aïd. Avant d’aller au lit, ils s’assurent que tout est préparé: nouveaux habits, chaussures bien cirées et, avant tout, les porte-monnaie qui recevront l’aïdiya.

La prière d’Al Aïd est généralement pratiquée dans les grandes mosquées. Dans les villages, de grands espaces sont spécialement aménagés pour accueillir les fidèles. Enfants, femmes et hommes y participent, tous sortis quelques heures après la prière d’Al Fajr (l’aube), vêtus élégamment, pour se rendre aux lieux de prière. Une fois la prière terminée, place aux étreintes affectives mêlées à quelques larmes de joie et des youyous.

Pour les enfants, la fête signifie les balançoires, les nouveaux habits, le kahk , les jeux , la promenade dans les jardins , le cinéma , les jeux avec les copains, les retrouvailles familiales mais surtout les pétards. Le Petit-Baïram chez nous est aussi riche en couleurs que bruyant !

En soirée, ce sont les feux d'artifice et les petites détonations qui sont maîtres. Les chants de fête résonnent partout, mêlés aux sons assourdissants provoqués par l’éclatement de ces petites boules artisanales fabriquées en papier et bourrées de poudre à canon et ficelées avec des fils métalliques, appelées bombes (pétards).

C’est un jeu traditionnel lié aux périodes de fête. On souffle fortement sur « la bombe » serrée dans la paume de la main, on la jette et…hop….on prend ses jambes à son cou. Ces bombes enfantines de fabrication primitive sont pourtant interdites. Mais, pour les Egyptiens, festoyer ne peut se faire sans bruit, sans faire éclater des bombes !

Les jeux sont multiples : des plus simples, comme la marelle, le saut à la corde ou les feux d’artifice, aux plus modernes, comme les jeux vidéo, et tout ce qui est branché !! Les centres commerciaux sont normalement noirs de monde, tout comme les plages des villes côtières proches de la capitale. Plus loin, sur les côtes de la mer Rouge, les stations balnéaires sont aussi remplies à craquer de familles égyptiennes venues passer quelques jours de répit avant de reprendre le mode de vie rapide de tous les jours.

Au Caire, la foule est partout. Sur la corniche du Nil, des couples de jeunes amants se dandinent, bras dessus bras dessous. Des groupes de jeunes gamins s’adonnant à la drague de fillettes tirées à quatre épingles, se font parfois engueuler par les passants.

Les bateaux vont à l’eau, avec une montagne de voyageurs en liesse, scintillant de mille feux au clair de lune. Du matin au soir, les rues grouillent de vie. Dans les jardins publics, des ribambelles d’enfants jouent au ballon, d’autres tentent de grimper aux arbres, faisant souvent fi des avertissements des parents et des instructions accrochées partout.

Pendant la fête aussi, la tradition égyptienne veut qu’on n’oublie pas les morts. Au premier jour, des familles vêtues en noir, des sacs en main pleins de petites pâtisseries orientales –kahks et biscuits- vont au cimetière pour réciter des passages du Coran et implorer Allah de pardonner à ceux qui ont quitté leur monde. Une coutume propre aux Egyptiens, pour se rappeler du caractère éphémère de la vie malgré l’ambiance joviale qui règne.

 

en relation